Jésus selon Marc

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L’évangile selon MARC propose le témoignage de foi d’une communauté, enraciné dans une tradition. Il ne cherche pas à écrire une vie de JÉSUS de NAZARETH en un sens moderne et neutre, que ce soit selon la stricte méthode journalistique ou historique. Il dresse d’abord le portrait historico-théologique de JÉSUS confessé CHRIST, Fils de Dieu et sauveur. C’est pourquoi ce portrait engagé et engageant, sans négliger l’anecdote et la vigueur du style, s’articule d’abord selon des titres, des activités et certains rapports révélateurs. Il trace ainsi les contours originaux d’une christologie.

 

Les titres

 

La question des titres est fondamentale. Elle porte sur l’identité spirituelle de JÉSUS et la nature de son ministère. D’un point de vue méthodologique, il convient de distinguer entre les titres attribués à JÉSUS, et ceux qu’il s’attribue. Il conviendrait également d’étudier en détail chaque titre pour lui-même, comme une figure à la fois référentielle, évolutive et mise en réseau, puis l’ensemble des relations qu’ils constituent les uns avec les autres. Ce travail, on le devine, est à la fois passionnant et comme infini.

 

Christ ou Messie :

 

Les deux termes sont d’exacts synonymes. Ils traduisent en grec et en hébreu « oint », au sens de celui qui a reçu une onction d’huile.

 

Dans l’évangile, ce titre a un statut spécial. Il est une donnée initiale attribuée par le narrateur (Cf. Mc 1, 1). L’auteur en suppose le contenu connu, n’en donnant aucune définition. Ce point peut être lu comme une condition de possibilité, un enjeu central et un élément dramatique central. Le lecteur sait d’emblée qui est vraiment JÉSUS pour le narrateur. La dynamique de lecture n’est donc pas sa découverte mais de suivre le drame de sa révélation.

 

Le titre de Christ est attribué une seule fois par un homme, PIERRE (Cf. Mc 8, 29-30), parlant au nom des disciples, suite à une question en chemin de JÉSUS (Cf. Mc 8, 27.29). Il est placé dans un contexte complexe et encore ambigu. Certes les disciples emploient le bon terme, signe d’une ouverture et d’un progrès spirituel1, mais dans un sens encore trop équivoque, car chargé de scories idolâtres et politiques (messie dans un sens « satanique », i.e. selon les hommes et non selon Dieu; Cf. 8, 33). Le titre est implicite lors de l’entrée à JÉRUSALEM (Cf. Mc 11, 1-11) par l’évocation par les spectateurs du « grand Hallel » (Ps 118, 25-26. JÉSUS n’acceptera ensuite ce titre qu’une seule fois, lors de son procès (Cf. Mc 14, 61-62)2. Ce faisant il rompt la dynamique mystérieuse dite du « secret messianique » par laquelle JÉSUS n’eut de cesse d’interdire la proclamation publique de ce titre. Celui-ci, en effet, n’a de sens que purifié et transfiguré par l’épisode de la Passion et de la Résurrection, i.e. par l’accomplissement paradoxal de la mission confiée par le PÈRE. En effet, comment le ressuscité, et ses disciples, pourraient-il désormais prétendre à un quelconque pouvoir ou triomphe politique3 ? La vérité de l’accomplissement dont le Christ est le médiateur (la paix, le salut) est bien d’ordre spirituel, partant potentiellement universel. Il n’entre pas in fine en concurrence avec l’ordre politique romain ou l’ordre sacredotal juif, étant d’une autre nature.

 

Fils de David :

 

Ce titre est associé dans la tradition à celui de messie. Il est énoncé deux fois par BARTIMÉE (Cf. Mc 10, 47.48, sans que JÉSUS le rabroue ou lui demande de se taire) et, de manière implicite, par les spectateurs présents lors de l’entrée à JÉRUSALEM (Cf. Mc 11, 9-10). Il porte une forte dimension politique, évoquant l’époque mythique de la royauté unifiée et la possibilité de sa restauration.

 

Il trouve peut-être un écho sur l’écriteau placé sur la croix : « Roi des Juifs ».

 

Fils de Dieu :

 

Le titre Fils de Dieu est associé dès le commencement à celui de CHRIST (Mc 1, 1), en seconde place. Il est confirmé quatre fois à des niveaux différents :

 

  • D’abord lors de l’épisode intime du baptême (Cf. Mc 1, 11), sans que l’on sache si JEAN l’entende ;
  • Ensuite deux ou peut-être trois fois4 lors de controverses avec des démons (Cf. Mc 3, 11 en public semble-t-il ; 5, 7, en présence des DOUZE). A chaque fois, le débat porte sur la connaissance du nom. La réaction de JÉSUS (sauf en Mc 5, 7) est une injonction efficace au silence.
  • Enfin, auprès de trois disciples choisis (PIERRE, JACQUES et JEAN) lors des l’épisode dit de la « Transfiguration » (en grec la métamorphose; Cf. 9, 2), avec une injonction immédiate au secret (Cf. Mc 9, 9).

 

Ce titre central traduit une prétention en partie polémique à une relation spéciale avec Dieu3, requalifié ainsi de PÈRE. Le titre est assumée publiquement (fin du suspens introduit par l’évangéliste) par JÉSUS lors de son procès (Cf. Mc 14, 61-62)5. Il est finalement confessé au pied de la croix par un païen devenu voyant (Cf. Mc 15, 39 ; « Idôn »), situé face au crucifié et libéré de toute retenue rhétorique.

 

Fils de l’humain :

 

JÉSUS s’identifie plusieurs fois à cette figure en partie énigmatique, sans que cette identification semble poser question aux disciples ni au narrateur. Ce titre sert de relais pour expliciter plus avant le titre central de CHRIST et Fils de Dieu.

 

Ce titre auto-référentiel (Cf. Mc 14, 62) reprend Dn 7, 13-14. Il désigne un juge eschatologique de nature ambiguë (un humain d’origine céleste). Il se rapproche parfois de la figure historico-symbolique d’ÉLIE, le plus grand des prophètes, enlevé au ciel, et disponible pour un retour, signe de parousie restauratrice. Faut-il y voir, avec J. DELORME, un titre intermédiaire d’origine judéo-chrétienne6, « […] désignation archaïque de Jésus, qui a un petit air vieillot. »7 et aurait été rapidement démonétisé dans l’espace héllénistique ?

 

♦ le Crucifié

 

♦ l’homme

 

♦ le Seigneur (Kurios) :

 

Le mot grec Kurios traduit dans la Septante le tétragramme imprononçable (YHWH). Bien que très usuel pour désigner JÉSUS dans le monde chrétien, il est quasiment absent en ce sens de l’évangile de MARC, sauf en Mc 11, 3, dans un contexte difficile à interpréter. Le sens est soit faible, soit fort. Au sens faible, il signifie d’abord le propriétaire de l’ânon. Dans ce cas, JÉSUS affirme néanmoins une seigneurie mondaine sur tous les êtres vivants8. Au sens fort, JÉSUS affirme son identité divine post-pascale, reprenant et assumant la tradition grecque désignant Dieu par le nom kurios. Les deux sens sont compossibles.

 

♦ le Serviteur

 

♦ le Roi.

 

Le titre royal est parfois signifié d’une manière implicite, laissant ainsi ouvert son equivocité. Ainsi, lors de l’entrée à JÉRUSALEM, la mention de l’ânon (Cf. Mc 11, 2-7), explicitement demandé par JÉSUS, accomplit la prophétie énoncée en Za 9, 9. Elle reconfigure cette entrée comme entrée royale. Le cri des spectateurs oriente vers une lecture messianique9 et davidique10. De même, le fait d’étendre des vêtements (Cf. Mc 11, 8) renvoie entre autres à l’entrée royale de JÉHU (Cf. 2 R 9, 13).  Le Roi rentre dans sa ville comme Roi, messie et nouveau DAVID, et comme JÉSUS se dirige de suite dans le Temple (Cf. Mc 11, 11), le Roi est Dieu lui-même, présent dans sa Maison, et prêt, dès le lendemain, à en reprendre le contrôle (Cf. Mc 11, 15-19 = épisode de l’explusion des marchands et la citation d’Is 56, 7 avec le syntagme « ma maison »).

 

♦ Le Roi des Juifs : ce titre est apposé sur l’écriteau (titulus) placé sur la Croix (Cf. Mc 15, 26).

 

♦ le Pasteur

 

♦ le Sauveur

 

Les activités de Jésus

 

♦ Jésus enseigne. Il interprète l’Ecriture.

 

♦Jésus soigne. L’activité thaumaturgique est assez habituelle dans les récits religieux de cette époque. Dans une ligne traditionnelle, elle traduit à un premier niveau la puissance divine à l’œuvre en JÉSUS. Elle montre également sa miséricorde devant les souffrances du corps (anti-dolorisme). Mais l’évangéliste convertit ces thèmes, leur donnant souvent un sens symbolique. Par exemple la séquence guérison d’un aveugle/guérison d’un sourd-bègue signifie aussi guérison spirituelle des disciples11 par assomption de leur capacité à voir (l’événement) et à entendre (la parole qui éclaire l’événement). Ce faisant, ils réalisent la promesse messianique transmise depuis Isaïe. Cette dynamique constituera dans l’horizon intérieur de l’espace sacramentel la forme du rite baptismal de l’ephpheta.

 

♦ Jésus réalise des miracles (signes)

 

Les relations

 

♦ avec Dieu

 

♦ avec les disciples:

 

Chez Mc, les disciples sont en retard. Lents à comprendre, voire obtus, ils s’interrogent.

 

♦ avec les pouvoirs:

 

avec les pouvoirs démoniaques. Chez Mc, et contrairement aux disciples, les démons savent qui est JÉSUS (cf. Mc 1, 24 : le « Saint de Dieu »; 3, 11-12 : le « fils de Dieu ») mais sont

 

♦ avec la foule

 

  1. Cf. DELORME/1972/ p. 73 qui analyse structurellement la séquence suivant les couples vue/ouïe, bien voir/bien entendre et guérison d’un aveugle/guérison d’un sourd. []
  2. Cf. DELORME/1972/ p. 17-18. []
  3. Cf. DELORME/1972/ p. 27. [] []
  4. En Mc 1, 24, dans la synagogue de CAPHARNAÜM, un démon appelle JÉSUS le « Saint de Dieu », titre proche de celui de Fils de Dieu. Voir aussi 1, 34. []
  5. En fait, il est assumé d’une manière complexe et subtile, i.e. sans être explicitement prononcé, à la fois suivant l’euphémisme du grand prêtre (fils du béni; eulogêtou) et ensuite suivant une association à la vision du fils de l’humain venant avec les nuées et assis en seigneur. Deux titres sont donc ici articulés, l’un selon l’être (« fils du béni » pour « fils de Dieu »), l’autre selon sa fonction dans l’histoire : « fils des humains ». []
  6. Cf. Ac 3, 20-21; 7, 55-56; 1 Th 1, 10; 4, 16-17. []
  7. Cf. DELORME/1972/ p. 76. []
  8. Cf. DELORME/1972/ p. 98. []
  9. Cf. la reprise de Ps 118, 25-26, le « grand hallel ». []
  10. Cf. DELORME/1972/ p. 97. []
  11. Cf. DELORME/1972/ p. 73. []